Pr. Salah Bouhlel
Cours Géologie Faculté des Sciences de Tunis Unversité Tunis El Manar Salah Bouhlel  
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Chapitre 4 : Origine des Minéraux

 

(Tiré en partie de www.       )

 

Les principaux processus qui conduisent à la formation de minéraux sont les suivants.

 

  • Cristallisation d'un liquide qui, par refroidissement, passe de l'état liquide à l’état solide.

     Exemples : passage de l'eau à la glace; cristallisation par refroidissement    

    d'un magma  (1)

  • Précipitation chimique à partir d'une solution sursaturée par rapport à un minéral.

Exemples : la formation des agathes (1) ; la formation des dépôts de cavernes (spéléothèmes) (1); les minéraux de la séquence évaporitique (1).

  • Cristallisation de vapeurs.

Exemple : la cristallisation du soufre autour des fumerolles (émanations de gaz riches en H2S provenant de la chambre magmatique) sur les volcans.

  • Transformation (recristallisation) de minéraux existants en formes cristallines différentes de l'original.

 

(1) Exemples présentés ci-dessous.

 

1. La cristallisation par refroidissement d'un magma

 

La matière peut exister sous trois états, solide, liquide ou gazeux. La température et la pression sont les deux principaux facteurs qui règlent l'état sous lequel se trouve la matière. Le diagramme de la figure II-1 se nomme un diagramme de phases; c'est celui de l'eau. Il illustre de façon simple les relations entre états de la matière et température-pression.

 

Il montre que l'eau peut exister sous trois états, solide, liquide ou gazeux (vapeur), selon les conditions de température et pression. On voit par exemple, qu'à pression ambiante (1 atm.), on n'obtiendra jamais de l'eau liquide plus chaude que 100° C, mais qu'à pression plus élevée, cela est possible; c'est le cas de la cocotte-pression.

 

Tout au long des courbes solide-liquide et liquide-vapeur, les deux phases sont en équilibre. Au point triple, les trois phases sont en équilibre. Dépassé le point critique, défini par la température critique (Tc) et la pression critique (Pc), les phases liquide et gazeuse ne peuvent plus être distinguées. De tels diagrammes ont été construits pour plusieurs minéraux et sont très utiles pour connaître l'état de ces minéraux sous des températures et pressions variables comme c'est le cas à l'intérieur de la croûte terrestre ou du manteau. Ainsi, chaque minéral possède son point de fusion (passage du solide au liquide) qui correspond aussi à son point de cristallisation (passage du liquide au solide) à une pression donnée.

 

Plusieurs minéraux de la croûte terrestre cristallisent à partir d'un magma, c'est-à-dire, de la roche fondue. Cette cristallisation obéit à certaines règles. Dans un magma dont la température est supérieure à 1200° C, comme au niveau du manteau supérieur par exemple, les minéraux sont tous sous leur phase liquide. Si ce magma est introduit dans la croûte terrestre, il subit un abaissement de pression et se refroidit progressivement. En supposant qu'on maintienne la pression constante, c'est-à-dire, à un niveau constant dans la croûte, les minéraux cristallisent lorsqu'ils atteignent la température correspondant à leur limite solide-liquide (température de cristallisation). Comme cette limite n'est pas la même pour tous les minéraux, ceux-ci ne cristallisent pas tous en même temps, mais à tour de rôle, selon leur température de cristallisation, à mesure que se refroidit le magma. C'est ce qu'exprime le diagramme de la figure Fig.II-2 .

 

Avec un abaissement de la température du magma, les minéraux dont la température de cristallisation est la plus élevée sont les premiers à cristalliser. Le premier est l'olivine. Le second groupe à se former comprend les pyroxènes. A ce stade, le magma aura épuisé son bagage en olivine. Puis avec la cristallisation des amphiboles, puis de la biotite, le bagage en pyroxènes est épuisé. Avec l'abaissement progressif de la température, suivent le quartz, les feldspaths potassiques et la muscovite. On a donc une suite de cristallisation bien définie, contrôlée par la température. On appelle cette suite une suite discontinue, parce qu'il s'agit dans chaque cas de minéraux distincts (composition et structure cristalline distinctes).

 

Dans ce diagramme, il y a aussi une suite continue, celle des feldspaths plagioclases. On dit une suite continue, parce que la seule variable significative est la proportion de calcium par rapport au sodium. A l'extrémité "chaude", on a le plagioclase calcique (CaAl2Si2O8, anorthite) et, à l'extrémité "froide", le plagioclase sodique (NaAlSi3O8, albite). Cette suite de cristallisation a été établie par Normand Bowen, en 1928.

 

A mesure que les minéraux cristallisent dans la chambre magmatique, i.e. dans la poche où s'est introduit le magma, les cristaux sédimentent, s'accumulent à la base de la chambre. Il se fait donc une ségrégation, et les roches issues de la cristallisation du magma (roches ignées) auront des assemblages de minéraux différents selon qu'on est à la base, au milieu ou au sommet de la chambre magmatique. Ainsi, le premiers assemblage à se former est un assemblage d'olivine et de pyroxènes : c'est l'assemblage ultramafique. Ensuite, il y a un assemblage de pyroxènes et d'amphiboles : c'est l' assemblage mafique. Un assemblage d'amphiboles, biotite et quartz est qualifié d'assemblage intermédiaire, tandis qu'un assemblage des minéraux les plus "froids", est qualifié de felsique. On parle donc de roches ignées ultramafiques, mafiques, intermédiaires ou felsiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. La formation des minéraux dans les fractures, des géodes et des agathes 

 

Bien qu'à première vue ce ne soit pas évident, il y a toutes sortes de fluides, de solutions, qui circulent dans les roches de la croûte terrestre, et ce, à des profondeurs très importantes, allant jusqu'à plusieurs kilomètres. Les vitesses de circulation ce ces fluides sont très lentes, mais il faut se placer dans une perspective de temps géologique. Ces solutions circulent, entre autre, dans les grandes fractures. Elles peuvent provenir des zones chaudes du manteau et être constituées de l'excès de vapeur d'eau d'un magma. Ou encore, il peut s'agir de l'eau qui avait été piégée dans les bassins sédimentaires profonds (eau marine et météoritique). Si ces solutions sont sursaturées par rapport à certains sels ou minéraux, elles vont les précipiter. Ainsi, les beaux spécimens à grands cristaux qu'on retrouve dans des fractures (filons) et de  nombreux minerais des éléments métalliques, notamment le plomb, l 'or et l'argent des filons veines proviennent d'un tel processus (Figure II-3).

 

 

 

 

 

Les belles géodes (Figure II-4) ou les belles agathes exposées dans les musées ou en ventes dans les boutiques de minéraux ont été formées par la précipitation de minéraux dans une cavité de la roche, à partir d'une solution. Par exemple, le quartz (SiO2) des agathes a été précipité à partir de fluides sursaturés par rapport à la silice et circulant dans les formation rocheuses. S'il y a dans ces formations rocheuses des cavités, comme c'est souvent le cas dans des roches volcaniques par exemple, le quartz va précipiter sur les parois de la cavité pour former une première couche de cristaux.

 

 

On aura à ce stade une géode, c'est-à-dire, une cavité tapissée de cristaux. Avec le temps et la poursuite de la circulation des fluides sursaturés en silice, d'autres couches vont successivement se former. Leur composition peut varier avec des variations dans la composition des fluides. C'est ce qui produit souvent des différences de couleurs entre les diverses couches d'une agathe. Certaines agathes montrent une cavité centrale, comme dans l'illustration de la figure II-4 , simplement parce que les processus de précipitation n'ont pas été complétés jusqu'au remplissage total de la cavité.

 

 

 

3. La formation des dépôts de cavernes (Figure II-5)

 

Des dépôts spectaculaires comme les stalagtites et les stalagmites des cavernes se forment à partir d'une solution riches en sels minéraux, laquelle subit un dégazage important lorsqu'elle atteint les parois internes de la caverne. Les cavernes sont creusées dans des terrains calcaires sous l'effet d'une dissolution à grande échelle par les eaux de pluies qui sont naturellement acides (d'où la dissolution) et qui, s'infiltrant dans les fractures, agrandissent progressivement ces dernières pour finalement créer tout un réseau de cavernes et de galeries souterraines.

 

Les stalagtites et les stalagmites sont composés de calcite (CaCO3), et se forment par précipitation sur les murs et le plancher de la caverne à partir de l'eau qui ruisselle (figure II.5).

 

Cette eau provient de la surface, par infiltration à travers les fractures du calcaire. Cette solution contient du CO2 et passablement d'ions calcium (Ca2+) et de radicaux HCO32- acquis de la dissolution des calcaires. Dans les roches juste au-dessus de la caverne, la pression du CO2 contenu dans la solution se trouve à plusieurs atmosphères, à cause du poids de la roche (pression lithostatique dans les calcaires : 2,7 atmosphères/10 mètres ou 270 atm/km). Lorsque la solution arrive aux parois de la caverne, sa pression passe subitement de plusieurs atmosphères à une atmosphère, puisque la pression dans la caverne est à peu près la même que celle de la surface du fait que la caverne communique avec la surface. Il se produit alors un phénomène de dégazage du CO2. L'équation sur le schéma de la figure II-5 est l'expression chimique du processus. La variable la plus mobile dans cette équation est le CO2, un gaz. La perte subite de pression fait que la solution dégage du CO2. D'ailleurs, on voit toujours dans l'eau qui ruisselle sur les murs d'une caverne, des bulles de CO2 qui s'échappent. Ce dégazage de la solution force un rééquilibrage chimique : la réaction se fait de la gauche vers la droite et le CaCO3, la calcite, précipite au toit (stalagtites), sur les murs et au plancher (stalagmites) de la caverne pour former ces structures spectaculaires.

 

 

4. Les minéraux de la séquence évaporitique

 

Plusieurs cristaux, et parmi les plus beaux spécimens, se forment aussi à partir de solutions sursaturées en certains éléments chimiques, c'est-à-dire une solution qui contient plus de sels qu'elle ne peut en dissoudre. Les cristaux précipitent à partir de la solution selon divers processus. L'évaporation est un de ces processus. Un bon exemple est la suite de minéraux qui précipitent quand s'évapore de l'eau de mer. Les schémas de la figure II-6 illustrent de façon très simplifiée comment se forme cette suite.

 

L'eau de mer contient un ensemble important d'ions en solution, dont des ions positifs tels le calcium, le sodium et le potassium, des ions négatifs tels le chlore, et des radicaux négatifs comme CO3 2- et SO4 2-. L'évaporation ne se débarrasse que de l'eau, ce qui fait qu'au fur et à mesure de l'évaporation, la solution devient de plus en plus saline, c'est-à-dire que les sels se concentrent de plus en plus.

 

L'eau de mer normale a une salinité de l'ordre de 35 ppm (=g/l). A cette salinité, elle est légèrement sursaturée par rapport au carbonate de calcium, CaCO3 (calcite et aragonite). Ce dernier précipite naturellement et dépose une couche de cristaux de CaCO3 au fond du bocal.

 

Avec la poursuite de l'évaporation et par conséquent l'augmentation de la salinité, la solution devient sursaturée par rapport à un autre sel, le CaSO4 hydraté (gypse); la solution (le milieu) est dite pénésaline. Le gypse précipite. Puis, avec encore une augmentation de la salinité, vient la phase de précipitation du chlorure de sodium, NaCl (halite, le sel commun); la solution (le milieu) est dite saline.

 

La dernière phase avant l'évaporation totale est le chlorure de potassium, KCl (sylvite, communément appelée potasse); la solution (le milieu) est hypersaline.

 

On obtient donc une suite bien spécifique de minéraux précipités à mesure de l'évaporation de l'eau de mer. C'est la suite évaporitiques ou ce qu'on appelle plus communément les évaporites.

 

Au moins trois de ces minéraux interviennent dans les activités humaines: le gypse, entre autre pour la fabrication du platre, le sel de table, et la potasse dans les fertilisants.

 

Si on tentait d'obtenir la suite évaporitique en évaporant l'eau d'un seul bocal d'eau de mer, on obtiendrait très peu de produits. Il faut que les choses se passent à beaucoup plus grande échelle. Comment cela se traduit-il dans la nature?

 

La précipitation des minéraux évaporitiques se fait, entre autre, dans les grandes lagunes en bord de mer ou dans des sebkhas, lagunes et sebkha qui se mesurent en plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres carrés, se trouvent dans des régions où l'évaporation excède la précipitation.

 

 

La sebkha ne se développe pas exclusivement en bordure de mer, mais partout où on peut concentrer des eaux salines dans la nappe phréatique et les évaporer (Chott el Jérid par exemple). Certaines plaines dans le désert de l’Afrique du Nord où se  concentrent périodiquement des eaux salines provenant de l'érosion de formation riches en sels minéraux contiennent des minéraux évaporitiques. Les  roses de sable sont un exemple de ce phénomène. Elles se sont développées à l'intérieur des sables d'une sebkha désertique et sont composées de grains de sable cimentés par du gypse.

 

 

 


 

 

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